Un médecin rwandais soupçonné de génocide arrêté en France

Le médecin rwandais Sosthène Munyemana a été arrêté mercredi 20 janvier dans le sud-ouest de la France. Il est accusé d'avoir participé au génocide de 1994. Kigali avait délivré un mandat d'arrêt international le concernant. L'homme a été entendu plusieurs heures par la police judicaire avant d'être relâché. Les autorités françaises l'ont placé sous contrôle judiciaire et convoqué devant la cour d'appel de Bordeaux. Il a pour l'instant le statut de témoin assisté.
C'est l'un des plus anciens dossiers du génocide rwandais. Sosthène Munyemana est poursuivi depuis 1995. Connu pour sa cruauté, on l'a même surnommé le « boucher de Toumba ».
Quand le génocide débute, l'homme est médecin gynécologue à l'hôpital universitaire de Butaré, dans le sud du pays. Des Tutsis blessés se rendent dans l'établissement. Selon des témoins, Sosthène Munyemana en tue plusieurs de ses mains, dont un bébé dès sa naissance. Dans son village natal de Toumba, il tient des réunions avec les autorités locales, avant de diriger des véritables expéditions punitives.
A la fin du génocide, il se réfugie en France où il continue d'exercer comme médecin. Depuis 2002, il travaille notamment aux urgences de l'hôpital de Villeneuve-sur-Lot (sud-ouest de la France).
Aujourd'hui, la procédure commence tout juste, donc méfiance, estime Alain Gauthier, président du collectif des parties civiles. « On ne peut que se réjouir de ce qui arrive là. Maintenant on ne va pas s’enflammer parce que les expériences précédentes concernant quatre autres cas de présumés génocidaires qui sont en France le montrent, ces quatre extraditions ont été refusées. Maintenant est-ce que avec le réchauffement des relations diplomatiques entre les deux pays les choses vont changer ? On ne peut que le souhaiter mais pour l’instant ce n’est pas sûr. La justice ne serait pas indépendante... c’est ce que l’on va voir. Mais si la France refuse l’extradition de toute façon la loi de compétence universelle permet à la justice française de juger des crimes qui ont été commis à l’étranger sur des étrangers par des étrangers, et cette compétence universelle existe pour le génocide des Tutsis au Rwanda. »
La procédure promet donc de durer. Sosthène Munyemana, qui s'est d'ailleurs toujours déclaré victime d'accusations mensongères, a pour l'instant le statut de simple témoin assisté.


